Aménager les espaces extérieurs d’un établissement de santé : abris vélos, abris déchets et abris fumeurs
Un hôpital ne s’arrête pas à ses murs : ses extérieurs accueillent chaque jour des milliers de soignants, de patients et de visiteurs, et leur aménagement pèse directement sur la qualité de vie au travail, l’image de l’établissement et sa conformité réglementaire.
Sur les sites hospitaliers, les extérieurs servent à tout et à tous : arriver et se garer, faire une pause, déjeuner, prendre l’air, attendre un proche. Pour un CH, un CHU ou une clinique, trois espaces structurent les extérieurs de ces établissements au quotidien : le stationnement vélo, la gestion des déchets et la zone fumeurs. Chacun répond à une obligation ou à une politique publique précise. Voici comment les concevoir pour qu’ils servent à la fois le personnel et les visiteurs.
1. Abris vélos : faciliter les mobilités douces des soignants et des visiteurs
Les grands établissements de santé sont souvent implantés en centre-ville ou en zone urbaine dense. Le stationnement automobile y est rare, payant ou saturé, et de plus en plus de soignants, d’agents et de visiteurs se tournent vers le vélo ou les transports en commun.
Les avantages du vélo pour tous à l’hôpital
Pour les soignants :
Le vélo offre un trajet fiable et prévisible, même pour une prise de poste à 6 h ou à 21 h, quand trouver une place en ville devient une source de stress et de retard. Le vélo à assistance électrique élargit le rayon de pratique aux agents qui habitent en périphérie. C’est aussi une activité physique intégrée à la journée, sans temps supplémentaire, pour des équipes soumises à une forte charge physique et mentale. Au CHU de Montpellier, près de 30 % du personnel, soit environ 3 600 agents, vient déjà travailler à vélo1.
Le vélo est aussi un argument RH dans un secteur qui peine à recruter. Depuis fin 2022, tous les agents de la fonction publique hospitalière peuvent percevoir le forfait mobilités durables, jusqu’à 300 € par an, cumulable avec le remboursement partiel d’un abonnement de transport2. Un agent incité à venir à vélo doit trouver sur place un stationnement à la hauteur.
Pour les visiteurs et les patients :
C’est un public souvent oublié. Parkings payants, durée limitée, places saturées : les proches en visite, les patients en consultation externe et les accompagnants se tournent naturellement vers le vélo et les transports en commun. Le CH de Valenciennes vise ainsi à développer le vélo auprès de ses professionnels, mais aussi des patients et des visiteurs3.
Pour l’établissement :
Le secteur de la santé pèse environ 8 % de l’empreinte carbone de la France, et les déplacements des patients et des professionnels en représentent près de 13 %4. Contrairement aux achats, c’est un poste sur lequel l’hôpital peut agir vite et de façon visible. Une politique vélo solide est aussi un argument de recrutement et de fidélisation, valorisable par le label Employeur Pro-Vélo de la FUB : le CH de Valenciennes l’a obtenu au niveau argent après avoir créé 300 places vélo sécurisées.
La condition de tout le reste, un stationnement sécurisé :
Le vol est le deuxième frein à l’adoption du vélo en France, avec environ 400 000 vélos volés chaque année selon la FUB5. À l’hôpital, un agent laisse son vélo 8 à 12 heures d’affilée, parfois toute la nuit : sans abri adapté, il ne passera pas au vélo. Il en est de même pour les visiteurs et patients, qui ont plus de risque de se faire voler leur vélo quand les établissements de santé sont situés en centre-ville.

Ce que dit la réglementation
Depuis la loi d’orientation des mobilités (LOM) et ses textes d’application de 2022, les bâtiments accueillant un service public, dont les hôpitaux publics, ont des obligations chiffrées en matière de stationnement vélo6 :
| Situation du bâtiment | Places pour les agents | Places pour les usagers (patients, visiteurs) |
|---|---|---|
| Bâtiment neuf équipé d’un parking | 15 % de l’effectif d’agents présents simultanément | 15 % de l’effectif d’usagers présents simultanément |
| Bâtiment existant dont le parking (10 places ou plus) fait l’objet de travaux | 10 % de l’effectif d’agents présents simultanément | 10 % de l’effectif d’usagers présents simultanément |
Les cliniques privées, bâtiments tertiaires, relèvent des mêmes logiques : 15 % de l’effectif salarié dans le neuf, 10 % dans l’existant dès 10 places de stationnement automobile.
Le texte fixe aussi des exigences concrètes. Chaque emplacement représente au moins 1,5 m², hors dégagement, avec un dispositif fixe pour attacher le cadre et au moins une roue. À l’extérieur, l’abri réservé aux agents doit être couvert, éclairé et clos, avec une porte à fermeture sécurisée. L’abri réservé aux usagers doit être couvert et éclairé, sous surveillance fonctionnelle ou fermé, et placé à moins de 50 mètres d’une entrée principale.
Bien choisir son abri vélos hospitalier
- Dimensionnement : partir de l’effectif présent simultanément (pic de relève entre équipes) et du flux de visiteurs, pas de l’effectif total.
- Deux zones distinctes : un abri fermé (badge, clé ou code) pour le personnel, un abri ouvert et visible près des entrées pour les visiteurs.
- Robustesse : structure acier ou aluminium, toiture résistante, ancrage au sol, pour un usage intensif 24 h/24.
- Éclairage et sécurité : éclairage nocturne, idéalement visibilité depuis un poste de garde ou une caméra.
- Services : prises pour vélos à assistance électrique, arceaux pour vélos cargos, station de gonflage.
- Intégration paysagère : toiture végétalisée ou bardage bois pour s’accorder au site.
2. Abris déchets : organiser le tri et garder des extérieurs propres
Les établissements de santé produisent environ 700 000 tonnes de déchets par an, soit 3,5 % de la production nationale. Cela représente près d’une tonne par lit et par an, contre 360 kg par habitant7. Une partie de ces déchets se forme dehors : repas pris en extérieur par les soignants, cafés et en-cas des visiteurs, emballages de la cafétéria, déchets des espaces de promenade.
Sans points de collecte visibles et accessibles, ces déchets finissent au sol ou dans le mauvais contenant. Le site se dégrade, le tri échoue et la facture grimpe.
Un enjeu réglementaire
- Tri 5 flux : les administrations doivent trier et collecter séparément le papier/carton, le plastique, le verre, le métal et le bois. Il est alors indispensable de proposer différents bacs poubelles avec une signalétique claire afin que chacun puisse jeter à proximité et facilement ses déchets dans le bon flux.
- Biodéchets : depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour tous les professionnels, quel que soit le volume. Restes de repas, marc de café et tous déchets biodégradables sont concernés. Pour cela, il est également impératif de proposer des bacs pour accueillir les biodéchets, puis d’organiser la collecte. La mise en place de compost pour sensibiliser les soignants et patients est également une bonne solution, car elle permet de sensibiliser aux enjeux du développement durable et de voir la matière se transformer puis être réutilisée dans les jardins de l’établissement.
Un enjeu économique
Un emballage banal jeté par erreur avec les Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux (DASRI) change de filière et de prix. Selon la stratégie ministérielle 2022-2025, le traitement des DASRI coûte entre 600 et 3 000 € la tonne, contre 100 à 200 € pour les déchets non dangereux8. Offrir des bacs de tri clairs et proches des lieux de pause, c’est aussi éviter ces erreurs coûteuses.
Les DASRI eux-mêmes ne relèvent pas des abris extérieurs en libre accès : ils suivent leur propre filière, avec un local d’entreposage dédié et fermé.
Bien choisir ses abris bacs
- Couverture des flux : un abri par point de collecte, regroupant ordures ménagères résiduelles (OMR), recyclables, verre et biodéchets.
- Signalétique : couleurs normalisées et pictogrammes lisibles par tous, y compris les visiteurs non francophones.
- Hygiène : toiture contre la pluie, matériaux lavables, ventilation pour limiter odeurs et nuisibles, ce qui compte sur un site de soins.
- Accès : ouverture adaptée au personnel logistique et compatible avec les véhicules de collecte, conforme aux règles d’accessibilité PMR pour les usagers.
- Implantation : près des zones de pause, de la cafétéria, des entrées et des parkings, à distance des fenêtres des chambres.
- Intégration : bardage bois, métal ou couleur pour masquer les conteneurs et soigner l’image du site, possibilité d’accorder les aménagements du site.
3. Abris fumeurs : encadrer la pratique sans gêner patients et visiteurs
L’hôpital reste un lieu où l’on fume, y compris parmi ceux qui y travaillent. Dans une enquête menée dans un centre hospitalier général, 26 % des professionnels et 38 % des patients se déclaraient fumeurs9. Ignorer ces usages, c’est retrouver des fumeurs devant les portes d’entrée, des mégots au sol et de la fumée près des fenêtres des chambres.
Ce que dit la réglementation
Depuis 2006, il est interdit de fumer dans tous les lieux fermés et couverts accueillant du public ou constituant des lieux de travail, ce qui inclut l’intérieur des bâtiments hospitaliers. Depuis le 1er juillet 2025, l’interdiction s’étend à de nouveaux espaces extérieurs : parcs et jardins publics, abribus, abords des écoles et des lieux d’accueil de mineurs, équipements sportifs.
Les établissements de santé ne sont pas visés en tant que tels par ce décret de 2025, sauf les hôpitaux pédiatriques et les structures accueillant des mineurs. Dans leurs extérieurs, c’est donc la politique de l’établissement qui fixe les règles.
La démarche « Lieu de santé sans tabac »
De nombreux hôpitaux s’engagent dans la démarche Lieu de santé sans tabac : on y interdit de fumer sur tout le site, intérieur comme extérieur, en dehors de zones de tolérance dédiées. C’est le cas du CHU Amiens-Picardie depuis 202310. Aux Hospices civils de Lyon, le groupement hospitalier Est, pilote de la démarche, s’est doté de neuf zones et trois abris fumeurs spécifiques11.
L’abri fumeurs n’est donc pas en contradiction avec la prévention : il en est l’outil. Il concentre la pratique à un endroit choisi, éloigné des entrées et des services de soins, et laisse le reste du site sans fumée.

Pour les soignants comme pour les visiteurs
- Personnel : une zone dédiée, à l’abri des regards des patients, permet une pause sans gêner les soins ni l’image de l’établissement.
- Patients et visiteurs : une zone clairement signalée évite les attroupements devant les entrées et facilite le respect des règles par tous.
Bien choisir son abri fumeurs
- Implantation : à distance des entrées, des prises d’air, des fenêtres de chambres et des zones d’attente, mais accessible en quelques minutes et clairement identifié.
- Confort : toiture et parois avec retour contre la pluie et le vent, éclairage, assise pour les patients fatigués ou à mobilité réduite.
- Ventilation : structure ouverte sur au moins un côté pour éviter l’accumulation de fumée.
- Propreté : cendriers et éteignoirs intégrés pour limiter les mégots au sol.
- Signalétique : marquage clair de la zone de tolérance et rappel des règles du site, idéalement associé à une information sur l’aide au sevrage.
Conclusion : penser les extérieurs comme un service à part entière
Abris vélos, abris déchets et abris fumeurs répondent chacun à une règle précise : quotas de stationnement de la loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019 , tri 5 flux et biodéchets de la loi AGEC, démarche Lieu de santé sans tabac. Bien conçus, ils rendent aussi les extérieurs plus propres, plus sûrs et plus agréables pour tous.
Mais ces aménagements répondent surtout à des besoins concrets en milieu hospitalier. Ces sites sont encadrés par des protocoles stricts et fréquentés jour et nuit par des publics très différents. Les soignants en horaires décalés doivent pouvoir laisser leur vélo en sécurité pendant une garde de 8 à 12 heures. Les patients et les visiteurs doivent savoir où jeter un déchet, et où fumer sans gêner personne. Les équipes logistiques, elles, gèrent près d’une tonne de déchets par lit et par an, dans le respect du tri. Fournir des équipements adaptés, c’est garantir que le lieu soit respecté et que chacun, soignant comme visiteur, y trouve un confort optimal.
Pour un CH, un CHU ou une clinique, la bonne approche est globale : cartographier les flux (entrées, parkings, zones de pause), repérer les usages réels, puis implanter chaque équipement là où il sera utilisé. Un abri bien placé est un abri respecté et utilisé.
Sources
- Service Public Entreprendre, stationnement vélo
- FHF, forfait mobilités durables
- info.gouv.fr, biodéchets
- ScienceDirect, tabagisme en centre hospitalier
- Service-Public.fr, espaces sans tabac 2025
- Aluplex, champ du décret 2025
- CHU de Montpellier : les salariés en roues libres – Actusoins
- Evolution du dispositif relatif au « forfait mobilités durables » | Fédération Hospitalière de France
- Le Centre Hospitalier de Valenciennes labellisé Employeur Pro-Vélo niveau argent
- Décarboner la santé pour soigner durablement – The Shift Project
- Le vol de vélo, deuxième frein à son adoption
- Obligation d’installation d’infrastructures de stationnement des vélos | Service Public Entreprendre
- Les DASRI à l’hôpital – MACSF
- Gestion des dechets DASRI et DASND : cas d’un établissement hospitalier public de l’ouest de la France | Cairn.info
- Enquête sur la mise en place d’un lieu de santé sans tabac à l’hôpital – ScienceDirect
- Lieu de Santé Sans Tabac – CHU Amiens-Picardie
- L’hôpital, un lieu de santé sans tabac | Actualité | Hospices Civils de Lyon – CHU de Lyon
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